Les Cuisiniers royaux au temps de Babylone (vers 1750 avant J.-C.) de Daniel Bonneterre
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- 22 mai
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Je vous propose aujourd’hui la découverte d’un essai… savoureux : Les Cuisiniers royaux au temps de Babylone (vers 1750 avant J.-C.) de Daniel Bonneterre.
Grâce à une étude approfondie de milliers de tablettes cunéiformes, notamment découvertes dans les archives du Palais royal de Mari, mais aussi grâce à de nombreux vestiges comme des statues ou des vases de stockage, l’auteur nous fait pénétrer l’univers culinaire de Mésopotamie.
Et cuisiner dans un monde où les divinités interfèrent au quotidien avec les humains n’est pas de tout repos. Cultiver, cueillir, conserver et préparer les aliments répond à un protocole très codifié, faisant appel à des professionnels aguerris, et formés tant techniquement que…spirituellement.
Si la nourriture permet à chacun de survivre, elle a, comme vocation première, de satisfaire la gourmandise des Dieux. Chacun possède ses aliments et boissons préférés, et les meilleures pièces doivent leur être réservées. La hiérarchie sociale s’applique ensuite à la distribution des denrées. Le roi bénéficie de mets de choix, mais doit satisfaire les besoins de tous, jusqu’aux plus humbles. Le palais devient alors garant de la conservation des éléments, et les entrepôts royaux se font pléthoriques.
Religion et magie inspirent, bien souvent, les menus. Les interdits varient d’un jour à l’autre, en fonction des périodes dédiées à chaque divinité, mais aussi en fonction des activités de chacun. Il est, par exemple, impossible d’imaginer s’être nourri d’ail, d’oignon ou d’aliments trop odoriférants lorsque l’on pénètre les temples. Ce serait commettre un sacrilège !
En dehors de la simple qualité nutritive, les préparations sont choisies pour leur capacité curative. Il n’est donc pas rare que le cuisinier se fasse l’extension du médecin, choisissant les meilleures épices pour favoriser la santé de son roi.
Enfin, les rites entourant la préparation, les cuissons et le repas revêtent de puissants symboles. Le boucher, lorsqu’il découpe une viande, doit respecter des protocoles et réciter les textes dédiés. Le roi se nourrit parfois d’aliments qui pourraient nous sembler étonnants, mais qui revêtent pourtant un sens. C’est notamment le cas des sauterelles, qui, lorsqu’elles attaquent les cultures sur un territoire, sont chassées et rejoignent la table du roi. Par ce geste, il réaffirme son autorité et sa puissance, gardant le contrôle des lieux et neutralisant les prédateurs. Le même raisonnement est tenu lors de la chasse, et, de manière plus étonnante, pour le miel, dont la « cueillette » présente un réel danger !
Concrètement, les aliments sont avant tout simples, réunissant céréales, ail, oignon, quelques légumes, des dattes. Les poissons sont souvent le régal des rois, et les viandes améliorent le quotidien des plus riches, et, de manière générale, de ceux en capacité de chasser.
La boisson de tous et toutes, en quantité plus qu’impressionnante, mais de qualité variée est… la bière ! Elle sert à se rafraîchir, accompagne les banquets, les discussions diplomatiques, et apporte des nutriments nécessaires aux moins bien nourris. Le lait est porteur de vertus quasi magiques ; nutritif, il crée aussi un lien indéfectible entre les « frères de lait ». Enfin, le vin est présent dans les banquets officiels, il peut même servir à sceller un accord, avec un geste qui demeure encore symbolique jusqu’à nos jours : l’entrechoquement de deux coupes !
Le sel se révèle l’élément magique par excellence. Il sert à conserver, purifier, et à donner du goût. Il se retrouve dans le petit groupe des incontournables : pain, eau, sel, bière ! Le minimum à offrir lorsque l’on reçoit.
Dans cet ouvrage, l’auteur nous ouvre les celliers mésopotamiens, dans une approche simple et emplie d’anecdotes et d’exemples textuels savoureux. Les faits avancés, recoupant des sources variées, peuvent parfois sembler contradictoires, mais reflètent, avant tout, le travail de codification qui accompagne un geste aussi simple que celui de… se nourrir !
Un ouvrage, bellement illustré, qui ouvre l’appétit et donne des envies d’exotisme.



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